Ces hommages s’inscrivent dans le cadre de la tournée de lancement de notre projet éducatif “Amazonia, Cœur de la Terre Mère”, qui vise à rapprocher les jeunesses indigènes et européennes autour de la protection de la Terre-Mère et de la transmission des savoirs traditionnels.
Aux jardins du Château de Versailles, l’arbre du Cacique Raoni comme témoin du temps
Une cérémonie profondément émouvante s’est tenue le matin du 2 juin dans le Jardin du Roi, au Château de Versailles, autour du Liquidambar offert et planté il y a vingt-cinq ans par le grand Cacique Raoni. Aujourd’hui, prodigieusement imposant, il se dresse à l’image de son protecteur, offert en geste de solidarité de la nation kayapo au domaine de Versailles dévasté par la grande tempête de décembre 1999. Ce geste sacré symbolise l’engagement du Cacique Raoni en faveur de la protection des forêts, et le Liquidambar, l’entité tutélaire des forêts du monde.
Lors de la cérémonie, le Cacique Tau a délivré un message au Liquidambar, considéré comme un être vivant et un membre à part entière Kayapo, porteur de la mémoire de son peuple. “Le Liquidambar fait partie de notre peuple Kayapo. Nous reviendrons l’honorer tous les 5 à 10 ans”. Par ces mots, le cacique Tau rappelle que la connexion de l’homme à l’âme du vivant s’affranchit des frontières et que la portée du combat du Cacique Raoni, son appel à protéger les forêts de la planète, est universel. La déambulation spirituelle s’est poursuivie par un échange avec le jardinier du château, Monsieur Joël Cottin, déjà présent lors de la plantation en l’an 2000. L’occasion de le remercier pour le soin accordé à l’arbre Kayapo ces 25 dernières années.

De nombreuses personnalités ont participé à cet hommage vibrant et ont transmis, par la voix du Cacique Tau, des messages destinés à Raoni, parmi lesquelles Christophe Leribault, président du Château de Versailles, Loïc Losserand, président de l’Université de Versailles Saint-Quentin (UVSQ), Jean-Paul Vanderlinden, chercheur et économiste environnemental du futur à l’UVSQ, et Gert-Peter Bruch, président et fondateur de Planète Amazone. Tous les intervenants ont souligné le rôle de guide et de lumière du Cacique Raoni Metuktire pour la préservation de l’Amazonie et des peuples indigènes.

À l’Hôtel de Ville de Versailles, une reconnaissance académique sans précédent
L’après-midi s’est poursuivie à l’Hôtel de Ville de Versailles, où, sous l’impulsion de Planète Amazone, l’Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ) a décerné le titre de Docteur Honoris Causa au Cacique Raoni, pour son rôle essentiel dans la préservation des savoirs traditionnels, la défense des droits indigènes et la protection de l’environnement mondial. Cette reconnaissance du monde académique envers un leader indigène est une première historique en Europe.
Cette distinction prestigieuse a été remise au Cacique Taú Metuktire, venu représenter son grand-père, empêché pour raisons de santé. Porteur du message de son peuple, le Cacique Taú incarne la continuité du combat engagé par le Cacique Raoni, entre héritage culturel et plaidoyer pour la justice climatique.
La cérémonie a été marquée par plusieurs discours symboliques et puissants, qui ont souligné le rôle essentiel de la lutte du Cacique Raoni pour la préservation de l’Amazonie et des peuples indigènes. En ouverture, le discours de Monsieur Loïc Josseran, président de l’UVSQ a donné le la à la cérémonie par son ton solennel, porteur d’espoir et rempli d’égard vis-à-vis des luttes du Cacique Raoni. S’en est suivi un remerciement de M. François de Mazières, maire de Versailles, qui a tenu à participer à l’évènement en dépit d’un agenda très chargé. M. Franck Monnier, président de la Fondation UVSQ a pris à son tour le micro et souligné la connivence entre les combats des peuples indigènes et les velléités de sensibilisation environnementales portées par la Fondation UVSQ.

Mr Monnier a cédé sa place au profit d’un poignant discours à deux voies -scientifique et militant- de Jean-Paul Vanderlinden et Gert-Peter Bruch. Ce dialogue polyglotte a été l’occasion de mettre en exergue l’enchevêtrement entre l’engagement et la connaissance dans l’action du Cacique Raoni Metuktire. L’enseignant chercheur a qualifié le Cacique Raoni de véritable source du savoir, de pionnier d’une modalité de transmission intergénérationnelle car, nous rappelle t-il, la vie du Cacique Raoni et l’engagement qu’il incarne, ont contribué à profondément élargir la compréhension du monde.
“ Le parcours du Cacique Raoni, lui, donne corps à ce que cela signifie vraiment : écouter un autre rapport au vivant, un autre rapport au territoire, une autre manière d’apprendre et de transmettre, localement, globalement.” – Jean-Paul Vanderlinden
Cette allocution a été suivie du discours du Cacique Tau Metuktire, saisissant, dont la portée spirituelle résonne au-delà des frontières et du temps. Finalement, la remise du diplôme par le président de l’UVSQ au Cacique Tau accompagnée de la remise de médailles par Charlotte da Cunha au Cacique Tau et Franck Monnier à Gert-Peter Bruch a conclu ce moment fort en émotions.

“Cette distinction de Docteur Honoris Causa reconnaît ses enseignements, envoie un message aux peuples indigènes du monde entier : votre science, votre culture méritent respect et reconnaissance. Nous avons besoin de votre sagesse”- Gert-Peter Bruch
Ce moment solennel incarne la volonté de faire dialoguer les savoirs ancestraux et scientifiques, dans un esprit de respect mutuel et de co-construction d’un avenir durable.. Ce moment porte en germe les ambitions du projet Amazonia, Cœur de la Terre Mère : initier des coopérations entre associations, monde éducatif et peuples indigènes.
Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à toute l’équipe de Planète Amazone, dont l’engagement, la bienveillance et l’énergie ont été des piliers précieux de cette aventure humaine et militante. Un immense merci à Gert-Peter Bruch, Mathieu Bonnet, Arkaan Simaan, Michèle Segaud, Quentin Moreau, Muriel Marasti, Margarida Ataide, Jodie Wtulich, Virginie Squin, Tathiana Ribeiro, Tania Kambourova et Valériane Beaucaillou, pour leur présence, leur dévouement inspirant et leur contribution essentielle à la réussite de ce moment historique.

Revivez ces moments forts :
Célébration des 25 ans de la plantation du Liquidambar par le Cacique Raoni à Versailles
Cérémonie de remise du titre de Docteur Honoris Causa de l’UVSQ au Cacique Raoni Metuktire
“Je m’appelle Tau Metuktire, c’est ainsi que je suis connu de tous. Au sein de mon peuple Kayapó / Mebêngôkre, je porte également le nom traditionnel de Bepkamro, ou “poisson-vif des flots”. Je suis l’un des petits-fils du Cacique Raoni. J’avais à peine quinze ans lorsque mon grand-père m’a fait asseoir face au feu dans la maison des hommes ; il m’a confié que, tôt ou tard, le bâton de chef passerait dans mes mains. Pendant des nuits entières il m’a enseigné les chants rituels, l’art de la parole, les règles qui font tenir une communauté debout. Il répétait : « Un cacique ne défend pas seulement des gens, il protège la forêt, il écoute les esprits et il ouvre des chemins vers l’extérieur. »
Comment on devient cacique
À seize ans, je le suivais déjà partout : aux forums territoriaux, aux réunions de l’État, jusqu’aux couloirs de Brasília. Mais pour qu’un chef soit reconnu, il faut la voix du peuple. Trois grandes assemblées furent convoquées : d’abord dans mon village Metuktire, puis lors d’une formation de professeurs indigènes, enfin à Piaraçu, lieu sacré des Kayapó. À chaque fois, Raoni a levé mon bras devant la foule : « Voici Tau. À partir d’aujourd’hui, respectez-le, aidez-le ; il parlera pour vous et pour la terre. »
Ainsi ai-je reçu la charge : consulter les anciens avant toute décision, empêcher qu’une route, un barrage ou une mine ne s’impose sans l’accord de tous les caciques. Notre territoire n’est pas un cadeau du gouvernement ; il est né de décennies de lutte, menées par mon oncle Megaron, par mon grand-père Krumare, par de nombreux parents d’autres ethnies. Voilà pourquoi, encore aujourd’hui, toute grande entreprise – publique ou privée – doit d’abord nous entendre.

Le jour où j’ai traversé l’Atlantique
En 2006, une conférence européenne invita le Cacique Raoni. À la dernière minute, un contretemps l’obligea à rester. Il réunit le conseil et, une fois encore, leva mon bras :
« Tu partiras à ma place. Fais-leur entendre notre voix. »
J’avais vingt-cinq ans. J’ai quitté la forêt pour la France, la Belgique, le Luxembourg, la Suisse, Monaco. Je découvrais des villes glacées où personne ne se salue, des prairies sans un arbre, des gens pressés comme des fourmis. J’ignorais qu’il existait d’autres continents, d’autres langues, d’autres nourritures. Ce premier choc m’a appris deux choses : le monde est vaste et nous aurons besoin d’alliés pour défendre la forêt.
Je croyais qu’en Europe, personne ne prêterait attention à un Kayapó. Pourtant, plus je racontais nos difficultés, plus je rencontrais des personnes à l’écoute — et parfois même prêtes à nous soutenir concrètement.
Voyager avec le cacique Raoni

Quelque temps plus tard, mon oncle Megaron m’appela :
« Il faut que quelqu’un d’autre que ton grand-père se montre au monde. Accompagne-le.»
J’étais le seul de la famille à posséder un passeport ; j’ai donc veillé sur mon grand-père, Raoni, lors d’une nouvelle tournée en Europe. Nous avons arpenté les palais et les plateaux télé de France, Belgique, Luxembourg, Suisse, Monaco. Je portais ses messages, je traduisait ses silences ; c’est là que j’ai vraiment appris le métier de représentant.
La naissance de Planète Amazone
Au fil des étapes, j’ai fait la connaissance de Gert (NB : Gert-Peter Bruch, fondateur de Planète Amazone). Son accueil chaleureux me donna l’idée de l’aider à structurer ses élans : à la fin d’un voyage en France, en 2011, je lui demandai de fonder une nouvelle association. Ainsi naquit Planète Amazone.
L’association Planète Amazone n’est pas restée un papier. Elle a commencé par financer un camp de surveillance en forêt, un moteur et un bateau pour patrouiller la rivière, puis des vivres. Puis, énormément de choses se sont enchaînées. En 2020, quand la pandémie a fauché le monde, plus personne n’osait entrer dans les villages. Planète Amazone a pourtant acheté des tonnes de nourriture et des médicaments de pharmacie ; j’ai insisté pour que ces colis arrivent jusqu’aux aldeias. Dans ces mois difficiles, cette aide a sauvé des familles entières.
Quand la jeunesse s’égare
Je vois les adolescents de nos communautés fascinés par le football, les téléphones, les fêtes. Ils chassent moins, pêchent moins, ne récoltent plus ni le manioc ni les graines. On ne danse plus chaque soir autour de la maison des hommes. Si nous ne créons pas d’activités qui unissent modernité et racines, la culture risque de s’éroder jusqu’au silence.
Former les Gardiens : enseigner l’ancien et le neuf pour mieux garantir l’avenir
Je porte aujourd’hui un projet d’éducation différenciée, car la transmission des savoirs traditionnels est à l’agonie dans notre peuple. D’un côté, je lutte pour que nos aînés transmettent ce qu’ils savent encore : fabriquer des parures, préparer les plantes médicinales, peindre les corps, raconter l’histoire des ancêtres et les dangers qui menacent la forêt. De l’autre, je me bats pour que nos jeunes sachent manier un ordinateur, une caméra, un drone. La technologie est devenue notre arc et nos flèches ; elle prouve (dénonce) une invasion, documente une injustice, alerte le monde en quelques secondes.
Pour cela nous sollicitons les partenaires capables de financer du matériel, des connexions Internet stables, et surtout des échanges linguistiques : apprendre l’anglais ou le français pour plaider nous mêmes notre cause devant les instances internationales.
Quand Planète Amazone m’a proposé de participer à son projet “Amazonia, Coeur de la Terre Mère”, qui travaille sur ces objectifs en proposant de plus des échanges interculturels permettant d’ouvrir de nouvelles perspectives, de nous renforcer mutuellement et de recevoir des jeunes, des professeurs et des acteurs de la transition écologique du monde entier dans nos villages, j’ai immédiatement accepté. Nous allons ouvrir un nouveau chemin ensemble.

Le cacique Raoni, un Nobel pour la Terre
Pourquoi tant de gens considèrent mon grand-père comme le plus grand cacique du Brésil ? Parce qu’enfant déjà, son père l’a formé comme guerrier. Plus tard, les frères Villas-Bôas ont vu en lui un chef au destin national. Raoni a gardé toutes ces leçons ; il n’a jamais défendu seulement les Kayapó, mais l’ensemble des peuples indigènes. Sa parole a franchi les frontières, dénonçant la déforestation avant même que le terme ne devienne courant.
Voilà pourquoi je soutiens sa candidature au prix Nobel de la Paix : parce qu’elle honorerait ceux qui protègent la forêt pour l’humanité entière.
Un dernier mot à la France
Je m’apprête à revenir à Paris pour lancer notre appel mondial en faveur de l’éducation différenciée. Cette fois-ci, je représenterai mon grand-père, le cacique Raoni, qui ne pourra pas voyager en raison de problèmes de santé. Nous invitons la jeunesse – indigène ou non – à marcher avec nous ; nous invitons les enseignants, les chercheurs, les associations à devenir nos partenaires. Si vous entendez ma voix, sachez qu’elle porte les battements de cœur de la forêt. Aidez-nous à faire du savoir traditionnel ancestral et de la technologie moderne un seul souffle, capable de défendre la vie où qu’elle se trouve.
Je vous remercie. Nous nous verrons bientôt, et, ensemble, nous ferons grandir ce rêve.”
Empêché pour raisons de santé, le Cacique Raoni a désigné son petit-fils Tau Metuktire, qui devait l’accompagner, pour le représenter tout au long d’un agenda de haut niveau. La tournée permettra d’aller à la rencontre de milliers de jeunes, d’enseignants et d’acteurs de la transition écologique, tout en rendant hommage à l’engagement de toute une vie du Cacique Raoni pour la paix, la justice climatique et la défense des cultures indigènes.
Un grand projet pour unir peuples indigènes, jeunesse et acteurs de la transition
Au cœur de cette mobilisation : la présentation du projet international Amazonia, Cœur de la Terre-Mère, conçu par Planète Amazone à partir du film éponyme réalisé par Gert- Peter Bruch et la princesse Esmeralda de Belgique, et parrainé par le Cacique Raoni. Ce projet ambitieux a pour objectif prioritaire le soutien à l’éducation différenciée des jeunes indigènes directement dans leurs villages, afin d’éviter leur éloignement du territoire et l’acculturation. Il vise aussi à renforcer l’éducation climatique auprès de la jeunesse mondiale et à mobiliser les acteurs internationaux de la transition écologique, en Europe et ailleurs. Il s’agit à terme d’engager les différents secteurs de la société à coopérer directement avec les peuples indigènes afin de lutter plus efficacement contre le changement climatique et la perte de biodiversité.
Tau Metuktire : la nouvelle garde du peuple Kayapo
Encore peu connu du public français, le Cacique Tau a été choisi très jeune par son grand-père pour assurer la relève au sein de son peuple. Formé dès l’adolescence aux responsabilités collectives, Tau Metuktire fut envoyé dès 2006 pour représenter le Cacique Raoni en Europe, l’accompagnant plusieurs fois par la suite dans ses déplacements à l’étranger. Ce jeune Chef traditionnel du peuple Kayapó âgé de 43 ans est également professeur au sein de la terre indigène Capoto/ Jarina et partenaire de l’ONG Planète Amazone depuis sa création.
Planète Amazone, un engagement de longue date auprès des Gardiens de la forêt
De son côté, l’ONG Planète Amazone œuvre depuis près de quinze ans sur la scène internationale aux côtés des peuples indigènes. Fondée par Gert-Peter Bruch, qui accompagne le Cacique Raoni depuis leur rencontre en 1989 (alors qu’il était encore lycéen), elle produit des films à haute valeur pédagogique et organise régulièrement des rencontres interculturelles dans les écoles et universités européennes, en faveur du renforcement de l’éducation climatique.
