Défendre les écosystèmes d’eau douce

L’eau : lien sacré entre nature et humanité

La Terre ne dispose que de 0,01 % d’eau douce liquide disponible, mais les écosystèmes d’eau douce abritent près de 10 % de la biodiversité mondiale, y compris plus de 25% de toutes les espèces de vertébrés. Mais, en fait, ce sont 40% de l’ensemble des espèces végétales et animales qui dépendent indirectement des zones humides pour au moins une partie de leur cycle de vie ou pour des services écosystémiques critiques comme l’habitat de reproduction. Véritables artères de la planète, les rivières et cours d’eau régulent le climat et les cycles de l’eau – y compris les inondations – filtrent les polluants et nourrissent des milliards d’êtres vivants.

Deux milliards de personnes dépendent directement d’eux pour l’agriculture, la pêche et l’eau potable. Dès qu’un cours d’eau s’appauvrit ou est contaminé, ce sont la sécurité alimentaire, l’équilibre des écosystèmes et la santé humaine qui s’effondrent.

Pour de nombreux peuples autochtones, l’eau n’est pas une ressource : elle est un être vivant, un esprit sacré porteur de mémoire et d’équilibre. Elle incarne la continuité de la vie et relie toutes les générations, passées, présentes et futures. 


Dans la Déclaration de l’Alliance des Gardiens de Mère Nature, l’eau est reconnue comme un être doté de droits, devant être protégée contre toute forme de pollution, de privatisation et d’exploitation abusive. Ainsi, les activités qui altèrent son intégrité, comme les barrages ou la pollution industrielle, sont considérées comme des violations graves des droits naturels de l’eau. Cette vision, enracinée dans une compréhension profonde des liens interdépendants entre l’eau et la vie sur Terre, repose sur un principe fondamental : l’humanité ne possède pas l’eau, elle en est la gardienne. La couper de son cycle naturel, comme avec les grands barrages, c’est briser l’harmonie des écosystèmes et rompre un pacte intemporel avec la Terre Mère.

Une gestion plus durable des écosystèmes d’eau douce passe inévitablement par la protection et la restauration des rivières et zones humides, la réduction des pollutions à la source, et une planification équilibrée des infrastructures. Préserver ces écosystèmes vitaux, c’est non seulement enrayer la perte de biodiversité, mais aussi maintenir des alliés naturels pour le climat, l’eau potable, l’agriculture et les sociétés humaines dans leur ensemble sur le long terme.

Trois grands rôles des écosystèmes d’eau douce

Les cours d’eau transportent 70% des précipitations vers les océans, régulant ainsi le climat mondial.

Les tourbières et marécages stockent environ 450 gigatonnes de carbone, ce qui est supérieur au carbone stocké dans toutes les forêts du monde.

Les rivières et lacs ont une importance profonde pour de nombreuses cultures, offrant des bases pour les rituels et croyances locales.

Activités humaines en eaux troubles : la vie menacée à sa source

La destruction des cours d’eau à écoulement libre atteint un seuil critique. Aujourd’hui, seules 37 % des rivières de plus de 1 000 km restent intactes, concentrées dans des régions isolées comme l’Arctique, l’Amazonie et le bassin du Congo. Plus alarmant encore, 77 % des grands fleuves ne parviennent plus à l’océan, perturbant les écosystèmes côtiers et marins. La fragmentation fluviale s’accélère : 1,1 million de kilomètres de rivières subissent une connectivité réduite, entraînant des impacts irréversibles sur la biodiversité et les populations locales.

Les barrages sont les principaux responsables de cette crise. Prétendument durables, ils provoquent en réalité des destructions massives et irréversibles et leur prolifération menace l’équilibre planétaire. Loin de lutter contre le changement climatique, ils l’aggravent en détruisant des zones humides essentielles et en émettant du méthane, un gaz à effet de serre 34 fois plus puissant que le CO₂. Ils bloquent également la migration des poissons, mettant en péril 158 millions de personnes qui dépendent de la pêche comme source principale de protéines. Si le nombre de barrages de plus de 1 MW en activité dans le monde varie entre 9 000 et 11 000, plus de 3 700 nouveaux projets de cette envergure sont actuellement en cours de développement.

En quelques siècles, l’activité humaine a profondément remodelé les lacs, étangs et zones humides du globe : destruction massive d’habitats (jusqu’à 80 % de zones humides perdues depuis 1700) ; effondrement de la biodiversité d’eau douce (populations en chute de 84 % depuis 1970), perturbation du climat par la perte de puits de carbone entraînant des émissions accrues de méthane, pollution diffuse (80 % des eaux usées non traitées) et surexploitation hydrique. Ces changements menacent aussi la sécurité alimentaire et les bénéfices économiques tirés de ces milieux (pêche, agriculture, transport).

© Roberto Stuckert

Trois exemples d’impacts causés par l’homme

les barrages ont causé le déplacement de millions d’indigènes, détruisant leurs ressources vivrières et leur héritage culturel.

Jusqu’à 87 % des zones humides naturelles ont disparu depuis 1700, et 35 % rien qu’entre 1970 et 2015.

Les tourbières, qui stockent 30 % du carbone des sols mondiaux, libèrent d’énormes quantités de CO₂ lorsqu’elles sont détruites, représentant 10 % des émissions fossiles annuelles.

L’engagement de Planète Amazone

Planète Amazone lutte activement contre les grands barrages, dénonçant leur impact écologique et social sous couvert de développement durable. L’organisation met un point d’honneur à défendre les droits des peuples autochtones, souvent les premiers affectés par ces constructions massives. Par son engagement, Planète Amazone vise à sensibiliser l’opinion publique et les décideurs politiques aux conséquences irréversibles de tels projets sur la biodiversité, les écosystèmes aquatiques et les communautés riveraines. Un exemple phare de son action est son rôle dans la lutte contre le barrage de Belo Monte en Amazonie.

En collaboration avec des partenaires locaux et internationaux, Planète Amazone a documenté les impacts environnementaux et sociaux, soutenu les communautés locales dans leurs actions juridiques, et mené des campagnes médiatiques d’envergure internationale pour dénoncer les violations des droits humains et environnementaux. De plus, Planète Amazone a été l’organisateur principal du contre-sommet du Congrès Mondial de l’Hydroélectricité (Paris, 2019), qui a abouti à la Déclaration “Les fausses promesses de l’hydroélectricité”, appelant à une réévaluation globale des stratégies énergétiques mondiales.

Cette déclaration a renforcé la position des mouvements écologistes et autochtones en leur fournissant un support international pour contester la construction de nouveaux barrages et promouvoir des alternatives énergétiques plus durables et respectueuses de l’environnement et des droits humains.


Au-delà de cette opposition, Planète Amazone œuvre pour la reconnaissance des fleuves et rivières comme entités sacrées, un principe fondamental inscrit dans la Déclaration de l’Alliance des Gardiens de Mère Nature, fruit d’un travail mené par Planète Amazone avec des leaders autochtones du monde entier. Cet engagement se traduit par un plaidoyer constant auprès des instances internationales pour que la voix des peuples autochtones soit entendue et que les fleuves soient protégés pour les générations futures.
Grâce à ces efforts, Planète Amazone contribue activement à un changement de paradigme dans la gestion des ressources en eau et la production d’énergie, insistant sur l’importance de la conservation des écosystèmes fluviaux et du respect des communautés qui en dépendent.

Trois actions fortes de Planète Amazone

Lutte contre le barrage de Belo Monte en Amazonie

Planète Amazone a joué un rôle clé dans la sensibilisation internationale aux impacts écologiques et sociaux de ce projet.

Organisation d’un contre-sommet du Congrès Mondial de l’Hydroélectricité

Cette initiative visait à remettre en question les affirmations de durabilité de l’industrie hydroélectrique.

Lancement de l’Alliance des Gardiens de Mère Nature

Sa Déclaration engage fermement à reconnaître et protéger les droits intrinsèques de l’eau.

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